Manager ou leader? Entrez dans le jeu quelques instants...

Management
Viadeo Viadeo



S’il est bien une thématique à la mode en entreprise et au sein des communautés RH en ce début de XXIè siècle, c’est celle du leadership ! Manifestement, les managers sont « has been » : aujourd’hui, c’est leader qu’il faut être.

Mais si ma carte de visite ne comporte pas le terme « leader », que suis-je ? Un suiveur ? Un sans-grade ? Pour répondre à cette question un brin provoc’, il me semble fondamental de distinguer ces deux notions : qu’est-ce qu’un manager ? qu’est-ce qu’un leader ? A-t-on simplement remplacé un terme par un autre pour donner une note plus moderne et valorisante ?

Je vous propose de prendre quelques instants : établissons ensemble un parallèle entre le monde de l’entreprise, et celui du sport. Ciblons le football, non pas pour l’ériger en référence mais parce qu’il s’agit du sport le plus populaire au monde, dans tous les sens du terme.

Dans une équipe de football, composée de 11 joueurs aux postes tous spécifiques, d'un capitaine identifié par son brassard, de remplaçants et d’un entraîneur au bord du terrain… Selon vous, qui peut-on qualifier de leader ?

La majorité d’entre vous répond « le capitaine bien sûr ! ». Oui, je vous entends d’ici ! Admettons. Quel est son rôle dans l’équipe ? Il est le relais de l’entraîneur durant les entraînements, (re)motive ses partenaires, tempère leurs excès de confiance, s’assure que les consignes de l’entraîneur soient respectées, fait l’interface entre l’équipe et l’arbitre, recadre ceux qui en ont besoin…

Pour assumer ces attentes, un capitaine a-t-il besoin de leadership ? Incontestablement, oui. C’est ce qui lui permettra d’être écouté et respecté par ses interlocuteurs, envers lesquels il n’exerce aucun lien de subordination.

D’autres répondent « l’entraîneur ». Très bien. Quel est son rôle ? Tout au long de la semaine, il organise les entraînements pour faire progresser ses joueurs, définit la stratégie, décide de la composition d’équipe, de l’affectation des rôles, donne les consignes… Pendant le match, son rôle se limite à quelques encouragements, recadrages, ajustements. Après le match, il débriefe, prend les décisions qui s’imposent (félicitations, remplacements en vue du prochain match…) et les explique.

Pour mener à bien ces missions, a-t-il besoin de leadership ? Oui ? Je serais tenté de vous répondre par la négative ! Après tout, en sa qualité de supérieur hiérarchique, ses décisions ne s’imposent-elles pas à ses joueurs ? Qu’elles leur plaisent ou non. Qu’ils les comprennent ou non. Qu’ils y participent ou non.

Je vous sens sceptiques… Et je vous comprends : en effet, un entraîneur sans leadership serait condamné à des résultats exceptionnels. Au premier faux-pas, nul doute que son équipe aura vite fait d’exprimer ses frustrations ! Le leadership est donc le « plus » qui lui permettra de durer, de conserver l’adhésion dans l’adversité.

Quelques uns parmi vous ont également pensé au meilleur joueur de l’équipe, dans le rôle de leader. Le fameux « leader technique ».

Quel est donc son rôle ? Montrer l’exemple, résoudre des difficultés que les autres ont du mal à surmonter seuls, aider ses coéquipiers à progresser, mettre ses compétences à la disposition du collectif… C’est à ces seules conditions que le meilleur joueur prétendra au statut de leader. Pas s’il joue avec suffisance, et dans son intérêt personnel avant tout…

Enfin, j’en oubliais certains qui pensent « et pourquoi pas n’importe quel autre joueur dans le rôle de leader ? ». Le leader de vestiaire, qui ne joue pas toujours mais renforce la cohésion de groupe ? Le leader d’expérience, qui apporte tout son vécu et son recul ? Le leader de crise, qui ne se manifeste qu'en cas de grande difficulté?

Oui, vous avez raison. N’importe qui, selon sa personnalité et les situations rencontrées, peut se révéler dans un rôle de leader.

Merci d’avoir joué le jeu ! Revenons à l’entreprise pour boucler ce parallèle :

A qui peut-on assimiler le capitaine ? Au manager transverse ou chef de projet, dont l’objectif est de faire agir ses interfaces sans pouvoir recourir à l’autorité. Et pour qui le leadership est la condition sine qua non à la réussite de cette mission.

A qui peut-on assimiler l’entraîneur ? Au manager hiérarchique, qui gère une équipe sur laquelle il exerce un lien de subordination, auquel le leadership lui permettra de ne faire appel qu’en dernier recours.

Et le leader technique ? A l’expert, au référent chargé d’encadrer les nouveaux arrivants et d'épauler le manager.

« Manager » est donc un poste, un métier, avec des responsabilités précises de gestion d'équipe.

« Leader » n’est pas un titre : c’est une personne ayant une influence sur un groupe, ses qualités personnelles lui permettant de fédérer et de mobiliser les énergies vers un but commun.

Ainsi chacun peut-il être leader, sans nécessairement assumer des responsabilités de management. Et il serait souhaitable que chaque manager fasse preuve de leadership pour faire agir efficacement et durablement, n’est-ce pas ?

Ce parallèle génère de nouvelles questions :

Peut-on imaginer plusieurs leaders dans une même équipe ?

Le capitaine est-il le meilleur joueur de l’équipe ?

L’entraîneur est-il forcément un ancien grand joueur ? J’ai mon avis sur ces questions mais… je serais surtout intéressé de lire le votre ! 

Un article signé Nicolas Martinez, Consultant formateur DMM France.